jeudi 3 juillet 2014

La respectabilité et le qu'en dira-t-on


4 jours que le ramadan a commencé, une semaine que j'ai fini mes rattrapages et quasi un mois que j'ai eu l'écharpe de la 3e dauphine de Miss Curvy Paris IDF. Dans un mois je retourne aux Comores (pour un mariage youhou!!) et dans quelques jours mes parents vont venir en France avec mon petit frère. Un an que je ne les avais pas vu, ça fait plaisir qu'ils viennent!
Okay ce petit pavé n'a absolument rien à voir avec le titre de mon article. En fait si, un peu. Ça a à voir avec ma mère. Je vous fait un rapide topo: ma maman a vu la photo des répétitions pour l'élection Miss Curvy et ça ne lui a pas plu. Pour ma mère, j'étais habillée comme une "pute", maquillée comme une "pute" pour une élection de "putes". Ben oui, défiler en maillot de bain, mettre du rouge à lèvres rouges, avoir un fard à paupières noir et porter une tunique avec un legging (ou un jean ultra slim/jegging) c'est faire la pute! Slut-shaming bonjour! Ou comment gâcher une (petite) victoire...

Bref, ça ne lui a pas plu, mais le plus effrayant à ses yeux (visiblement), c'est ce que les gens vont dire si ils tombent sur les photos des répétitions ou de l'élection. "Ne leur donne pas le bâton pour te faire battre" qu'elle disait.
C'est donc le sujet de mon article: être respectable et éviter qu'on parle sur toi. Il faut savoir qu'en tant que comorienne d'origine, je suis souvent confrontée à ces injonctions. Je suppose que dans d'autres pays ça se passe également comme ça, mais tout au long de cet article je n'aborderai que mon expérience.

Déjà ce n'est pas la première fois que ma mère me parle de ce concours et des vêtements que j'ai porté. L'année dernière j'y avais déjà participé. Et c'est arrive aux oreilles de ma mère. Quelqu'un, je ne saurais pas dire qui, l'a appelé pour lui dire que sa fille chérie avait participé à un concours de grosse et qu'elle avait mis des vêtements indécents. En l'occurrence, une robe de soirée bustier-corset qui malheureusement mettait un peu trop en valeur mes seins (en même temps avec mon putain de bonnet...).


Le truc qui m'embête c'est que ma mère ne m'a pas laissé lui expliquer pourquoi j'ai fait ce concours. La première fois, c'était sur un coup de tête. La seconde fois c'était mûrement réfléchi. Pour elle je n'avais pas à le faire, point. Et chaque tentative d'explication se soldait par un échec, parce que pour elle je me justifiais. Si je me justifie, c'est que je suis forcément en tort. Non Elawan, t'as beau avoir (presque) 24 ans, pas la peine de parler, ta mère a toujours raison.
L'autre truc qui me dérange également, c'est que ce que je fais pour moi aura forcément des conséquences sur les autres. Pas sur ma vie, sur celles des autres. Pas sur mon intégrité (ou peut-être un peu), mais sur celles des autres. Il faut que je sois une jeune femme respectable pour ne pas foutre la honte aux gens. Il faut que je sois une jeune femme bien dans les clous, bien rangée pour éviter qu'on parle sur moi.

Petite anecdote: plus jeune (disons vers 16-17 ans) je m'entendais super bien avec une fille au bled. Hyper sympa, gentille et c'était la cousine d'une cousine (pas du même côté). Mais comme elle avait une réputation de gourgandine (slut-shaming toujours...) ma mère m'avait déconseillé de la fréquenter. Pourquoi? Ben pour pas qu'on dise de moi que je suis une gourgandine! Ah oui, être dévergondée ça se transmet comme la grippe? Oups non c'est le qu'en dira-t-on qui va poser problème. "Oh mais Elawan traine avec la pétasse! C'est que c'est une pétasse!" ouais bien sûr. Mais si je suis une salope ça va poser un problème à qui? Normalement à moi, c'est mon problème! Mais bizarrement c'est la réputation de la famille qui va en prendre un coup. Ma mère m'a carrément dit que c'était de l'égoïsme que de faire des trucs sans penser aux conséquences sur les membres de la famille.

Je sais qu'il y a un fossé générationnel entre ma mère et moi. Elle a la mentalité du pays (c'est pas péjoratif quand je le dis hein!) et moi ayant grandi en France j'ai plus la mentalité occidentale. Mais cette culture des ragots au bled c'est assez pesant. On ne peut plus faire quoique ce soit sans être espionné et sans qu'on rapporte tout ce qu'on a pu faire à notre entourage.
Je voudrais bien qu'un jour on cesse de me scruter pour qu'on valide ma respectabilité, ou ma valeur. Si dans leur esprit, participer à un concours pour casser les clichés sur les personnes rondes c'est faire la pute, j'en ai rien à foutre, je sais ce que je fais. Si porter un legging avec une tunique ou un slim avec un tee shirt long c'est s'habiller comme une pute pour eux, ça ne me fait rien, parce que je sais que je n'en suis pas une.

Ironie de l'histoire, ma mère pour me faire comprendre que j'étais différente avec mon 46 m'avait demandé si je n'avais pas honte de ne pas pouvoir m'habiller comme les jeunes filles de mon âge. "Ça ne te dérange pas de ne pas s'habiller comme les autres?"
Mais maintenant que je m'habille comme les autres, ça pose problème. Ça posait déjà problème que je ne sois pas comme les autres...
Au final, quoiqu'il arrive, les gens vont parler derrière notre dos alors pourquoi se priver de faire ce qu'il nous plait pour leurs beaux yeux?

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