jeudi 11 février 2016

"Taisez-vous, pour le bien de la France"

Le 21 janvier dernier, l'émission Des Paroles et Des Actes diffusée sur France 2 avait pour invités Alain Finkielkraut, le philosophe récemment intronisé à l'Académie Française, et Daniel Cohn-Bendit, un homme politique franco-allemand. Invités dans cette émission pour répondre à ces questions: "Quel bilan tirer d'une année 2015 agitée tant socialement que politiquement ? Quelles sont les perspectives de la France à l'aube de cette nouvelle année ?"

Le principe de l'émission, c'est un débat entre les deux invités ponctués par quelques interventions de figurants du public. C'est à ce titre que Wiam Berhouma, une prof d'anglais à Noisy-Le-Sec (93) a pris la parole face à M. Finkielkraut. L'échange entre W. Berhouma, D. Pujadas et A. Finkielkraut est détaillé dans cet article (que je vous invite à lire) mais je ne m'attarderai pas dessus. C'est l'après qui m'intéresse.

Donc, Wiam Berhouma pose sa question par rapport à l'islamophobie galopante en France, à laquelle M. "le futur académicien" Finkielkraut ne répond pas. Lui préfère parler de ce qu'il se passe ailleurs, loin là bas pour les femmes musulmanes. Et après un court échange, Mme Berhouma a fini par dire à notre philosophe amoureux de la France d'antan devenu "Immortel": "pour le bien de la France, taisez-vous monsieur Finkielkraut". Et là c'est le drame... Mais j'y reviendrai dans quelques lignes.



...

Quelques jours plus tard à la Sorbonne, un débat est proposé, avec comme invité Alain Finkielkraut. Le sujet? "Qu'est ce qu'être français?". Je vous laisse lire le récit de Souad Betka mais j'aimerais juste qu'on s'intéresse à ce passage en particulier:
"Je voudrais saluer la sagesse des organisateurs parce qu’il est effectivement très judicieux, dans un climat si nauséabond que le climat actuel, d’inviter pour nous parler de ce que signifie être français, une personnalité médiatique islamophobe et raciste."
L’applaudimètre m’avait déjà indiqué que je ne ferais certainement pas l’unanimité, mais je ne m’attendais pas, pour autant, à un tel lynchage collectif. J’avais ouvert une boîte de Pandore, et sous les huées de la salle, les commentaires et insultes fusaient de tous côtés: 
« C’est honteux ! »
« Dehors, Dehoooooooors ! »
« Vous devriez avoir honte ! »
« C’est dommage, vous aviez bien commencé. »
« C’est scandaleux ! ».
Un homme hystérique m’interpelle à nouveau :
« Dehors, Dehoooooooors ! »
Je lui rappelle calmement que je suis doctorante à La Sorbonne et que je suis donc ici chez moi.
Des insultes, de la colère, de la haine et du mépris. Du racisme.

Pour avoir dénoncé l'islamophobie et le racisme d'A. Finkielkraut, cette doctorante à la Sorbonne s'est pris une volée d'insultes, une nuée de mépris et de haine à la figure. Exactement ce qu'a subi Wiam Berhouma à la suite de son passage à DPDA...

Ce qui est marrant dans tout ça, c'est qu'à aucun moment ces deux dames ont été méprisantes ou insultantes envers Alain Finkielkraut. Non. Elles ont juste mis le philosophe face à ce qu'il distille depuis des années sans que personne y trouve quelque chose à critiquer. Mais parce que ce sont des femmes, qui plus est des femmes racisées, elles sont forcément perçues comme étant agressives.

La parole raciste et islamophobe s'est considérablement accrue ces dernières années. Les discriminations envers les musulmans sont plus prégnantes. Alors ne parlons pas de tous les actes anti-musulmans qui ont augmenté de 300% depuis une année. Mais apparemment c'est une insulte de rappeler que l'une des causes de tout ce fatras est la parole "décomplexée", politiquement incorrecte de nos intellectuels. Allez savoir pourquoi...

Voilà un bail qu'on laisse ces intellectuels cracher sur l'islam, sur les musulman.e.s qui seraient des réfractaires à l'intégration en France ou des ennemis de l'intérieur. Ce ne sont pas des "dérapages", ce sont des paroles très réfléchies. Et les politiques approuvent par leur silence ces dires. En même temps cette situation dure depuis des années. Il n'y a qu'à voir les articles du Point, de l'Express, du Figaro et j'en passe. Les Zemmour, Finkielkraut, Badinter, Houellbecq et consorts sont hyper médiatisés et se permettent de "déraper". Par contre, quand il s'agit de les dénoncer:
- Souad Betka est insultée
- Wiam Berhouma reçoit des lettres de menace, et est victime de harcèlement sur Twitter. Sans parler des articles diffamatoires créés par la fachosphère et relayés par la presse classique (coucou Marianne! Coucou Causeur!)
- Jean-Louis Bianco (le directeur de l'Observatoire de la Laïcité) prône une laïcité ouverte dans l'esprit de 1905. En retour, il est décrié par les défenseurs d'une laïcité républicaine (sous-entendue agressive, qui tend à "neutraliser" tous les croyant.e.s - du moins sur le papier, on sait bien qui est visé par cette laïcité).
- Samuel Grzybowski, lui, a carrément été contraint de quitter Twitter après avoir subi du harcèlement sur Twitter suite à l'article de Caroline Fourest sur son association Coexister
Voyez l'ambiance...

Il serait peut-être donc temps que les médias et les politiciens arrêtent de se rendre complice de ces intellectuels haineux. Il serait temps qu'ils se rendent compte du rôle qu'ils ont joué ces dernières années dans l'accroissement de l'islamophobie en laissant n'importe qui raconter n'importe quoi en télé ou en radio, sans réagir. Il serait aussi temps que pour le bien de la France, ces intellectuels se taisent. Et que les médias et politiciens cessent de les valider par leur silence.

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