vendredi 26 mai 2017

Politique de respectabilité

Je comptais faire de ce sujet une vidéo, mais je n'ai pas eu le temps. alors va pour un article.
Ce sujet revient souvent sur le tapis, que ce soit par rapport au reportage sur la "Blackgeoisie" parisienne dans Enquête Exclusive (merci Bernie), ou encore par rapport à cette vidéo qui a pas mal tourné sur Twitter:
Voici ce que dit Jean-Luc Mélenchon:
"Calmez-vous, vous passez pour des barbares après. Ils vous filment, et après on passe pour des sauvages. Donc vous arrêtez ça parce que vos parents ne seront pas contents de vous voir faire ça." 

La première chose à laquelle j'ai pensé, c'est « Politique de respectabilité » avec les warnings qui vont avec. 

Mais au fait, ça veut dire quoi "Politique de respectabilité"?

Ms Dreydful en a fait tout un article il y a quelques années. Et voici la définition qu'elle en a donné:
"Il s’agit tout simplement des règles que toute personne non-blanche devrait suivre pour être considérée humaine, du point de vue blanc."

J'avais évoqué l'article et cette notion de respectabilité dans mon article sur la bonne femme noire (épisode respectabilité). Si vous ne l'avez pas lu, je vous conseille de le lire avant de continuer cet article, ça peut vous aider à comprendre la suite.

Revenons à JLM.

JLM demande à des enfants, qui sont pour la plupart noir·e·s ou arabes, de se calmer parce qu'ils risqueraient de passer pour des "sauvages" à cause des caméras. On est en plein dans la politique de respectabilité: on bride le comportement d'enfants, heureux face à la caméra et qui se lâchent et veulent se montrer parce qu'iels risquent de s'afficher et éventuellement de faire honte à leur communauté. Le problème de ce raisonnement, c'est que non seulement c'est un peu paternaliste, mais en plus, il y a un petit fond raciste.


Hein? Quoi? Mais JLM n'est pas raciste! Il est marocain!

Heu, il est né au Maroc, nuance. Et vu qu'il n'y est pas resté, et qu'il n'a pas la nationalité (de ce que je sais), ce n'est pas un marocain. Enfin, l'histoire du totem d'immunité anti-raciste façon Koh-Lanta...

Si avec ça vous  n'avez pas le générique de Koh-Lanta en tête...

De plus, j'ai dit qu'il y a un petit fond raciste, pas que JLM est raciste. De toute manière, tant que je n'ai pas de preuves, je ne dirai rien. Ah si, il a soutenu Laurence Rossignol qui a comparé les femmes musulmanes qui portent le voile aux esclaves qui étaient pour l'esclavage. C'est raciste ou bien?

Bref.

Considérer que si un·e noir·e a telle ou telle attitude, il peut embarrasser sa communauté, c'est raciste. Parce que c'est considérer qu'une personne noire est la porte-parole ou la représentante de toute sa communauté, ou que de toute façon, si cette personne est comme ça, toutes les autres personnes comme elles sont également ainsi. Hum, ça pue l'essentialisation un peu non? 

Tu parles, mais si c'était des enfants blanc·he·s, tu n'aurais rien dit!

C'est ce qu'un twitto m'a dit tout à l'heure. J'ai bien ri et j'étais à deux doigts de lui balancer ma vidéo sur les oppressions inversées (mais ça aurait été faire de l'auto-promo, et ce n'était pas le moment). À la place, je lui ai montré l'article de Ms Dreydful, et je lui ai dit que "les gamins blancs ne sont pas stigmatisés à longueur de temps sur leur supposée sauvagerie." Ce à quoi il a répondu que j'étais raciste parce que, je cite, "j'estimais que les noir·e·s étaient des sauvages barbares." 


Il y a des moments où je me demande comment je fais pour ne pas perdre patience sur Twitter, vraiment...

La politique de respectabilité c'est:
- quand je m'efforçais à ne pas parler trop fort, à ne pas m'habiller de manière trop voyante, à ne pas tchiper, à ne pas porter des mèches, sous peine de ressembler à la niafou qui fait honte à la communauté noire. 
- quand j'essaie de garder ma patience face à mon entourage pour éviter de passer pour l'angry Black woman de service.
- quand jeune fille, je parlais de sujets comme la politique ou les jeux vidéos de combat pour ne pas passer pour la jeune femme cruche qui ne pense qu'au maquillage et aux fringues
- quand je jouais à la patriarchal princess et que je faisais beaucoup de slut-shaming sur d'autres nanas pour mieux me faire voir
- quand des femmes lesbiennes disent qu'elles, au moins, ne s'habillent pas comme des mecs pour ne pas qu'on les associent au cliché de la lesbienne butch
- quand des hommes gays disent que "ce ne sont pas des folles" pour éviter qu'on les associe au cliché de l'homme gay forcément efféminé et maniéré (coucou Cyril Hanouna!)
- quand des musulman.e.s disent qu'iels sont modéré.e.s pour montrer leur désolidarisation face aux terroristes
- quand je dis que "je suis féministe mais je ne suis pas misandre/pas hystérique/pas grande gueule"
- quand je disais des phrases du genre "je suis peut-être grosse mais moi je fais du sport hein!"
et j'en passe. 

La politique de respectabilité s'étend, de mon point de vue, à toutes les oppressions. Quand des personnes issues d'une catégorie sociale opprimée essaient de se conformer à un standard ou à une norme. Ou au contraire quand des personnes essaient de se détacher d'un cliché. Tout ceci pour être mieux perçu·e. Mais guess what? Ça ne marche pas spécialement parce que je suis toujours susceptible de subir du racisme, du sexisme, de l'islamophobie et de la grossophobie. Pareil pour les lesbiennes et les gays qui sont susceptibles de subir des LGBT-phobies. Les phrases du style "Non mais ça va, toi t'es pas comme elleux!" ou "c'est à cause de votre comportement que le racisme/le sexisme/l'homophobie/etc augmente hein!", ben c'est toujours oppressif. 

Ce n'est pas aux minorités opprimées de raser les murs, de se brider, de se taire pour se conformer à une norme ou pour se détacher des clichés. Je pense que pour commencer, ce sont aux dominant·e·s de se remettre en question sur leurs clichés racistes, sexistes, LGBT-phobes, grossophobes, islamophobes, validistes, classistes, etc au lieu de demander aux dominé·e·s de faire ceci/de ne pas faire cela pour être respecté·e·s. Merde quoi.

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